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Soutenance de thèse d'Émilie Lumière

le 27 septembre 2012

Clio en question. Le théâtre métahistorique en Espagne (1980-2010)

Le jeudi 27 septembre 2012 à 9h salle D29 Maison de la recherche de l'université de Toulouse-Le Mirail


Membres du jury :
  • Monique MARTINEZ THOMAS (Professeur, Université Toulouse II-Le Mirail)
  • Wilfried FLOECK (Professeur, Université Justus Liebig de Giessen, Allemagne)
  • Carole EGGER (Professeur, Université de Strasbourg)
  • Francisco GUTIÉRREZ CARBAJO (Professeur, UNED, Madrid, Espagne)

Résumé :

Dans le contexte de la postmodernité, la question de l’écriture de l’histoire est devenue essentielle. « Tournant épistémologique » chez les historiens, « fiction métahistorique » chez les écrivains : cela semble témoigner d’une « conscience métahistorique » qui touche aujourd’hui les sociétés occidentales dans leur ensemble, invitant à penser l’histoire comme un palimpseste d’interprétations subjectives et contradictoires. L’Espagne, traversée par de récents conflits mémoriels, n’est pas en reste. Tout en cherchant à identifier les modalités et les enjeux de cette tendance métahistorique, cette thèse s’interroge sur la place du théâtre espagnol contemporain à l’intérieur de ce phénomène.

Après voir retracé les évolutions des notions « métahistoire » et « fiction métahistorique », ce travail s’ouvre sur un premier chapitre proposant une ébauche de l’histoire de la métahistoire en Occident, étendue à l’historiographie, à l’art et au champ sociétal – limitée pour ce dernier à l’époque contemporaine. Si le phénomène métahistorique est loin d’être nouveau, la conscience métahistorique qui lui donne une force et une cohérence inédites semble se cristalliser dans le dernier tiers du XXe siècle. L’Espagne possède ses spécificités, liées notamment à l’héritage de la guerre civile et du franquisme. Ce chapitre s’achève sur un volet théorique où sont précisés des outils d’analyse pour la fiction métahistorique et une typologie (fiction métahistorique métafictionnelle ; fiction métahistorique historiographique), tout en envisageant quelques particularités du genre dramatique.

L’examen, dans un second chapitre, d’une dizaine de pièces espagnoles écrites ces trente dernières années ‒ El retablo de Eldorado, Naufragios de Álvar Núñez, Lope de Aguirre, traidor et El sudario de tiza de J. Sanchis Sinisterra, ¡¡¡Tierraaaa… a… laaaa… vistaaa…!!! de M. Martínez Mediero, Yo tengo un tío en América d’A. Boadella, Retrato de gran almirante con perros de L. Riaza, Yo, maldita india… et El arquitecto y el relojero de J. López Mozo, El jardín quemado et La tortuga de Darwin de J. Mayorga, et Homenaje a los Malditos d’E. Calonge ‒ montre que le dispositif métahistorique se manifeste dans des dramaturgies variées. Ce corpus présente néanmoins une réelle unité : en écho à la préoccupation historiographique et sociétale actuelle pour l’écriture de l’histoire, il s’offre comme une manifestation artistique originale de la conscience métahistorique contemporaine, dans les particularités de l’aire espagnole. Ces textes semblent refléter par ailleurs l’affirmation progressive de la fiction métahistorique qui s’affranchit peu à peu de la fiction historique et de la métafiction. À l’heure où Clio est ramenée sur la scène des hommes, déconstruite et démythifiée, ces dramaturges n’en font pas moins acte de mémoire et offrent des espaces d’expression aux mémoires en souffrance. Résolument postmoderne, la fiction métahistorique contemporaine ne verse pas dans le nihilisme : elle démantèle les discours historiques pour mieux les comprendre ; elle les déconstruit pour proposer d’autres évocations du passé.

Mots-clés : théâtre, Espagne, XXe et XXIe s., fiction métahistorique, théâtre métahistorique, métahistoire, histoire, mémoire.


English Abstract

Clio into question. Metahistorical drama in Spain (1980-2010)

In the context of postmodernism, history writing has become a crucial issue. Called “epistemological turn” by historians and “metahistorical fiction” by writers, such a tendency is the proof of a “metahistorical awareness” which arises nowadays in Western societies as a whole, inviting to consider history as a palimpsest of subjective and conflicting interpretations. Affected by recent memory conflicts, Spain is primarily concerned. This study wishes to identify the modalities and stakes of such metahistorical tendency while wondering about the place of contemporary Spanish drama within this phenomenon.

After retracing the evolution of both notions of “metahistory” and “metahistorical fiction”, this dissertation opens on a first chapter sketching out a history of Western metahistory, extended to the historiographic, artistic and societal fields (choosing to limit the latter to the contemporary period). If the metahistorical phenomenon is not new, metahistorical awareness which provides it with an original strength and coherence seems to crystallize over the last part of the 20th century. Spain has its own specificities ‒ especially due to the legacy of the Spanish Civil War and Franco’s dictatorship. This chapter ends on a theoretical part offering analytic tools for metahistorical fiction and a typology (metafictional metahistorical fiction, historiographic metahistorical fiction), and also considers some particularities of the dramatic genre.

The second chapter is the study of around ten Spanish dramas written over the past thirty years: El retablo de Eldorado, Naufragios de Álvar Núñez, Lope de Aguirre, traidor and El sudario de tiza by J. Sanchis Sinisterra, ¡¡¡Tierraaaa… a… laaaa… vistaaa…!!! by M. Martínez Mediero, Yo tengo un tío en América by A. Boadella, Retrato de gran almirante con perros by L. Riaza, Yo, maldita india… and El arquitecto y el relojero by J. López Mozo, El jardín quemado and La tortuga de Darwin by J. Mayorga, and Homenaje a los Malditos by E. Calonge. If it uses the metahistorical device through various dramaturgies, this corpus presents, however, a real unity: reminding of present-day historiographic and societal concerns in history writing, it becomes an original artistic manifestation of contemporary metahistorical awareness, exploring more closely the Spanish particularities. These texts also seem to reflect the progressive affirmation of metahistorical fiction which gradually parts from historical fiction and metafiction. As Clio is brought back to the humans’ stage, deconstructed and demystified, these playwrights do an “act of memory” and offer spaces of expression to traumatic memories. Contemporary metahistorical fiction, though definitely postmodern, is not nihilist: it dismantles historical discourses in order to better understand them; it deconstructs them in order to offer other evocations of the past.

Keywords : drama, Spain, 20th / 21st centuries, metahistorical fiction, metahistorical drama, metahistory, history, memory.


 

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