Précarité/préciosité du livre

Publié le 17 janvier 2020 Mis à jour le 17 janvier 2020
le 16 juin 2020

Université Toulouse-Jean Jaurès
Maison de la Recherche - 
 

Journée d'étude

Les acteurs du livre contribuent à le préserver, à le conserver, voire à le restaurer... mais c'est donc que le livre peut s'abimer. Comme tout bien matériel, en user, c'est l'user aussi, le faire circuler, c'est lui faire prendre le risque d'une déterioration progressive, normale mais également parfois accélérée, insouciante mais également parfois volontaire. Le philosophe George Steiner nous le rappelle : "nous avons tendance à oublier que les livres, éminemment vulnérables, peuvent être supprimés ou détruits", et qu'ils contiennent "en germe la possibilité, l'éventualité d'une fin" (Le Silence des livres, 2006).
La préciosité des livres, la valeur spécifique et si élevée que nous pouvons leur attribuer, est-elle directement liée à leur précarité, leur fragilité matérielle ?
Nous voulons pour cette journée d'étude interroger ces processus en apparence simples parce qu'ils seraient linéaires (dégradation progressive), unilatéraux (les usagers usent, les conservateurs conservent...) et univoques, le livre constituant un bien commun à protéger.
Dans les pratiques professionnelles du monde du livre, de l'édition, de la librairie, des bibliothèques, ne doit-on pas également faire des choix, ou des erreurs, qui contribuent à la détérioration ? Quels seraient les rapports symboliques entretenus avec la conservation ou au contraire l'abandon des livres ?
Dans les pratiques artistiques, ne met-on pas en oeuvre des gestes qui sont des gestes d'agression comme le découpage ou le collage ? Ne met-on pas en scène des personnages qui, pour être des amoureux des livres, n'en sont pas moins parfois animés par un désir ambivalent ? Que l'on songe aux bibliophiles du XIXe siècle qui n'hésitaient pas à "mutiler" leurs exemplaires en les dépouillant de leur reliure d'origine pour y substituer une enveloppe plus sublime encore. 
Les pratiques professionnelles de conservation ou de restauration tout comme les usages plus informels, voire "sauvages", développés autour du livre, posent donc la question de la fragilité et de la finitude inscrites dans la matière même du support livresque. Le caractère foncièrement éphémère du livre est dès lors susceptible d'entrer en conflit avec des représentations collectives qui tendent à le tirer, au contraire, du côté de la durée ?