Le Silence des Lucioles

Publié le 8 janvier 2026 Mis à jour le 8 janvier 2026
du 15 janvier 2026 au 16 janvier 2026
 

Campus Mirail - Maison de la recherche
Amphi F417
Université Toulouse Jean Jaurès

Colloque international

BIENALSUR  2025
10 ANS

Entre disparition et survivance, les lucioles constituent une métaphore sensible, dont le vacillement est déjà un avertissement. Symptômes d’un dérèglement profond, d’une disparition annoncée, elles deviennent les signes précurseurs de tensions et de traumas qui touchent les vivants. Dans l’héritage de Pier Paolo Pasolini et de Georges Didi-Huberman, le colloque international comme l’exposition Le Silence des Lucioles témoignent de l’urgence d’un monde où les lumières, à mesure que surviennent inondations, sécheresses, incendies et conflits, d’abord scintillantes, se muent en points aveugles et laissent surgir un vide au coeur des régimes du visible. Face à cette extinction, il devient essentiel de penser la lumière — ténue, intermittente, mais décisive — comme un signal d’alerte.

La disparition de ces lucioles, infimes traces de vie, est en effet le témoignage impartial d’un monde à bout de souffle qui, des inondations de Bogotá à la menace des feux de forêts dans l'État de Victoria, ouvre à une imagerie du désastre. À mesure que les inondations, les sécheresses ou les feux se répandent, les images après avoir scintillé deviennent aveugles, ouvrent à une place béante dans le monde contemporain. Par la force de cette extinction il est indispensable de penser la lumière comme un témoignage nécessaire et neutre, comme un signal. Le « seuil de détectabilité »1 évoqué par Eyal Weizman, dans son Manifeste pour une architecture forensique, engage en ce sens une réflexion fertile sur le visible. Sans espérer égaler les répercussions juridiques de la posture du contre-forensique, partons de ce seuil pour déceler de la disparition des lucioles, entendue comme l’extinction de certaines lueurs du ciel, le garant potentiel d’une puissance d’agir, au sens de l’ « agency »2 d’Alfred Gell.

Par ce qui luit ouvrons, des possibles des images multiscalaires à la création artistique, à une pensée politique des déserts et désertions de zones géographiques, de régions en prise avec des dérives climatiques, écologiques, politiques ou sociales. Sans pointer l’une ou l’autre de ces perspectives, l’intention est de témoigner à travers une exposition comme un colloque international organisé dans le cadre des 10 ans de BIENALSUR, d’un état du monde. Dans l’entretoisement entre poïétique et politique, par la collaboration fertile entre BIENALSUR l’université de Toulouse-Jean Jaurès, et l’université nationale de Tres de Febrero de Buenos Aires, l’objectif est de mener une réflexion sur les pouvoirs de l’art, pour penser, agir face à une histoire des dérives écologiques et géopolitiques.

À partir de la disparition des lucioles comme catastrophe, dans son attache étymologique κ α τ α σ τ ρ ο φ η ’ liée au coup de théâtre, au bouleversement et à la fin, soyons attentifs aux signes avant-coureurs et ouvrons à une contre-histoire, voire à une « contre-visualité »4 dans le sillage de la pensée de Nicholas Mirzoeff. À l’instar des lueurs qui s’éteignent jour après jour dans les zones contraintes par des défaillances énergétiques, noyées sous les eaux ou sous l’emprise des flammes, envisageons un état des lieux du ciel nocturne, comme acte politique. Grâce aux artistes, curateurs, curatrices, spécialistes du monde de l’art contemporain, chercheur.e.s, avocat.e.s qui, par-delà les frontières géographiques, sauront mettre à profit leurs recherches, leurs pratiques plastiques, comme leurs expériences de ces lueurs de vie, par leurs engagements, leurs voix, leurs oeuvres, prenons position. Emparons-nous à travers elles, à travers eux, de la complexité d’un sujet éminemment contemporain pris dans la relation poreuse entre l’urgence d’un monde à bout de souffle et une nécessité de créer pour témoigner, signaler, esquisser des pistes vers l’avenir. Ouvrons et oeuvrons, par une pensée transatlantique, à la vision d’un monde en quête de lueurs d’espoir.


Le programme est disponible via ce lien.